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Archives pour janvier 2013

Ces bulles d’un autre temps …

  Je trouve tout à fait par hasard une remarque d’un auteur que je ne cite ici ni comme personnage historique, ni même comme inspirateur politique (les temps sont loin …) ; mais il y a là une réflexion qui témoigne d’une hypothèse que j’ai souvent dû démontrer, tant elle ne va pas de soi : celle d’effets inattendus d’une dissociation du temps historique et du temps de la morale.

  L’auteur, incarcéré peu avant 1900, reçoit de ses proches de nombreux ouvrages sur des sujets divers, et lit avec passion tout ce qui porte sur la franc-maçonnerie, cherchant à comprendre comment certains bourgeois du XVIIIè s. se lancèrent dans « cette étrangère mascarade » consistant à mimer le rituel d’une  corporation médiévale : « La corporation [des maçons], dit-il, n’avait pas été seulement un groupement de production ; elle avait été aussi une organisation qui avait sa personnalité morale et ses mœurs. » (Léon Trotsky :  Ma vie. Paris, Gallimard, 1953, p. 149) il ajoute : « La dissolution d’une économie corporative marquait la crise morale d’une société qui venait à peine de laisser derrière elle le Moyen Age. La nouvelle morale se définissait plus lentement que ne se détruisait l’ancienne. » Alors, on conserve « les formes de la discipline morale » alors que l’économie a déjà remplacé « les bases corporatives de la production. » Et les formes morales que l’on s’est forcé à conserver ont acquis un sens tout autre.

Le temps de l’éthique et le processus historique, économique en l’occurrence, sont en fréquents décalages – ceci est somme tout admis. En résulte l’inclusion de véritables « bulles d’un autre temps » — mais toujours agissantes —  dans  l’expérience du contemporain. Et la capacité de ces bulles inactuelles à se faire passer pour indiscutablement présentes est lourde de conséquences qui mériteraient l’étude.

La bonheur et le voir

Est-ce qu’il n’y a pas, dans cet extrait d’un récent et magnifique ouvrage de R. Matalon, une parfaite approximation du  bonheur :

« C’était sans doute le bonheur : on voyait sur son visage la douce distraction de l’oubli, une chose pleine de confiance dans le temps qui savait se faire oublier, une rondeur différente de l’habituelle, qui se coulait dans tous ses gestes : même son regard devenait rond, ne voulait rien changer, ne voulait rien d’autre qu’être, reposer sur la pièce et les meubles dans un état de cécité volontaire, de suspension absolue du jugement, de l’acte même de voir : le regard de parents sur leurs enfants. » (Ronit Matalon : Le Bruit de nos pas, Trad. de l’hébr. (Kol Tsa’adenou) par Rosie Pinhas-Delpuech. Paris, Stock 2012-VIII, pp 356-357)

 

 



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