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Archives pour décembre 2010

Ethique et slam.

SLAM 

On parle volontiers de choc esthétique, en revanche l’association « choc éthique » ne semble guère aller de soi. Les arts, roman et cinéma entre autres, semblent  pourtant « programmés pour ce registre. J’ai personnellement connu quelques moments d’exception, dus tantôt à l’un ou l’autre de ces arts, tantôt à la vie quotidienne, que je me souviens avoir vécus comme de  véritables « chocs éthiques ».

L’un de ceux-ci me ramène au jour où, contre mon gré, j’ai, pour la première fois, vu SLAM, le film de Marc Levin (1998) situé dans l’univers carcéral de Washington D.C. Parmi les personnages, Lauren Bell (jouée par Sonja Sohn) est une formatrice en écriture – elle laisse entendre qu’elle a travaillé avec ses stagiaires sur un manuel, mais le seul cours présenté dans le film prend la forme d’une scansion improvisée d’assonances répétitives, assez réussie d’ailleurs. Le spectateur découvre comment les « repris de justice » sont « transcendés » (quel autre mot choisir ?) par le verbe – leur discours résulte, certes,  de la formation dispensée par l’intervenante, mais  il naît avant tout de l’expérience reconquise, clarifiée, de chacun.

Au moment de les quitter (l’état vient de suspendre les crédits alloués à cette expérience) la scène bascule dans l’émotion, alors que naissent de Lauren, personnage jusque-là insignifiant, superficiel, presque, des paroles qui, au fur et à mesure du déploiement de la musique interne de cette jeune femme, élèvent l’âme jusqu’à une très haute expérience du Bien. Sur une infrastructure sonore faite de rimes et de rythmes, syllabiquement calculés et spontanés à la fois, elle en vient  à reconnaître  la bonté que l’on croit gisante en chacun, mais qui, à elle, lui apparaît toujours vivante, y compris en ces âmes chez qui elle est le plus improbable (certains de ces « monsters » reconnaissent avoir tué, être parfois coupables de plusieurs meurtres).

Cette montée musicale, pathétique, vers le sens de l’existence magnifie le personnage dont l’expérience personnelle s’éclaire progressivement ; Lauren pleure leur Mal, en le désignant sans accuser quiconque ni même l’institution ; elle pleure le Mal, et chante la bonté. Sans doute livret-elle ainsi le sens même de la réflexion éthique ; ce qui importe au plus haut point est la reconnaissance de la bonté d’autrui là où elle est le plus improbable. Son message n’est pas éloigné de celui d’un Socrate ou d’un Bouddha – ne cherchons pas en l’homme de volonté du mal. Simultanément, l’hypothèse d’une explication de ce mal par les déterminismes environnants est écartée dès le début, par les détenus eux-mêmes, qui savent mieux que personne ce que leur a coüté ce type de raisonnement.

Les progrès de la technologie mettent cette scène à votre disposition ; il suffit de confier à votre  navigateur l’adresse URL suivante : http://www.youtube.com/watch?v=Xojz0b7mIak 



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